
Et quel disque !
En onze titres meurtriers et remarquablement produits Pete Shelley et ses ouailles inventent la pop-punk, genre qui fera école mais qui alors n'est pas encore synonyme de médiocrité crasse. Manifestement plus influencés par les Kinks que par les Dolls, les Buzzcocks reprennent ici l'héritage mélodique de Ray Davies et la foisonnance de ses textes et les écrabouillent à coup de rythmiques plombées (Steve Garvey était probablement le meilleur bassiste de la brève histoire du punk), publiant sans doute sans le savoir quelques-unes des meilleures chansons de leur temps : "Fast Cars", "No Reply", "I Don't Mind"... Paradoxe amusant : s'il a longtemps été négligé par l'histoire du rock au profit des autres pierres d'angles susmentionnées, Another Music in a Different Kitchen semble avec le recul avoir eu infiniment plus d'influence que Nevermind the Bollocks. S'y bousculent en vrac des embryons de Pixies, Hüsker Dü, Supergrass, Lords of the New Church, Smiths, Undertones... pour ne citer que les plus connus dans l'interminable liste des bâtards de Pete Shelley.
Certes on n'est pas face à un chef d'oeuvre inaltérable : objectivement, c'est sans doute l'album le plus faible de tous les classiques de cette époque-là. Les guitares sont parfois un peu systématiques dans leurs descentes d'accords, la seconde moitié est un poil moins relevée et les Buzzcocks feront bien mieux sur les deux albums suivants (également réédités ces temps-ci). Mais peu importe : si la valeur d'un disque devait se mesurer au nombre d'excellents autres disques qu'il a inspirés, celle d'Another Music in a Different Kitchen serait inestimable.
👍👍👍 Another Music in a Different Kitchen
Buzzcocks | United Artists, 1978