
A en croire la note préliminaire, Monsieur Pain aurait été écrit "en 81 ou 82", ce qui le situe donc encore antérieurement aux Conseils d'un disciple de Morrison à un fanatique de Joyce - qu'il évoque d'ailleurs parfois. Honnêtement, Bolaño n'aurait pas pris la peine de le dire dans la préface qu'on l'aurait quand même tous deviné. Lui-même a fait mieux, mais beaucoup d'autres aussi. Et malgré quelques pages assez jouissives, le début est parfois un brin laborieux, suranné, pas à la hauteur de ce que l'auteur publiera de plus mineur durant sa grande période des années quatre-vingt-dix. La jeunesse, probablement. La technique bolanienne, ailleurs si racée, si sublime, semble ici toujours à l'état embryonnaire.
On aurait tort cependant de passer son chemin sans se retourner ; autant Les Conseils m'avaient un peu dérouté, autant Monsieur Pain dispose déjà, en germe, de ce charme vénéneux qui irradiera plus tard Les Détectives sauvages ou Nocturne du Chili. L'écriture est là, vive, toute en sous-entendu. Et l'intrigue, quoiqu'un brin convenue dans sa première partie, demeure assez prenante. Où comment Monsieur Pain, médecin français de son état, se verra proposer de soigner un mystérieux patient que d'inquiétants Espagnols préféreraient de toute évidence voir agoniser dans son coin. L'ensemble forme un polar moite et onirique qu'on avale d'une traite (il ne fait guère que deux-cents pages) avec l'étrange impression que Bolaño nous emmène où il veut, comme il veut. Ce qui me direz-vous - et vous aurez raison - est déjà pas mal du tout.
Monsieur Pain, de Roberto Bolaño (1999)
Assez d'accord. Monsieur Pain est un chouette petit bouquin, qui se lit d'une traite.
RépondreSupprimerça me changera de la littérature anglais-saxonne tiens
RépondreSupprimerTu ne seras pas déçu.
RépondreSupprimer@ diane: c'est vrai que tu n'as pas de PAL bien définie comme moi, tu y rajoutes ce que tu veux sans qu'il n'y ait de pile quelque part... et puis ça ne fera qu'un livre de plus entamé ;-)
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