
Il est de fait assez formidable de constater au détour d'une brève recherche google que de L'Hyper Justine on ne lira rien d'autre que les cris d'orfraies de gens n'ayant pas encore compris le principe des prix littéraires. C'est oublier une donnée fondamentale de l'équation : Simon Liberati est un formidable écrivain et son Hyper Justine, un formidable roman. Evidemment pour le savoir, encore faut-il l'avoir lu - ce dont on peut être sûr que peu l'ont fait.
C'est pourtant un livre assez fascinant que voici, catégorie tourbillon baroque, dandysme non-feint et fantômes à tous les étages. Plus proche d'Anthologie des apparitions (en mieux) que de Nada Exist (bien moins viscéral), c'est en fait une maison hantée trop chic pour ne pas être un peu factice, un maëlstrom totalement inclassable mais tout à fait envoûtant et d'une incroyable intensité. L'intrigue en est foisonnante et parfaitement lugubre : un arnaqueur-poseur-violent-décadent découvre au détour d'une conversation que Sophia Coppola et une certaine Thérèse Legros (une plasticienne de renom) préparent un film étrange vaguement inspiré de Sade et racontant rien moins que la mort de sa mère - assassinée lorsqu'il était encore enfant. Au Yémen (ce n'est pas un moindre détail).
On croirait presque du Philip Roth, on y songe d'ailleurs encore un peu plus lorsque Pierre se découvre un double (relatif) pour le moins inattendu. Mais du Philip Roth gothique, crépusculaire et sans ce sens du comique burlesque le rendant inimitable. Ce n'est d'ailleurs pas le propos, et si la plume de Liberati est elle aussi capable de la plus mordante cruauté, L'Hyper Justine est une œuvre résolument nocturne, obsessionnelle au moins autant qu'elle est obsédante - unique en son genre. Mais qui s'en soucie ? A quoi bon lire les livres, se laisser emporter par les textes et essayer de comprendre leur esthétique, quand il suffit de cracher aveuglément pour que tout le monde applaudisse ? A l'instar des précédents romans de Liberati, celui-ci est un récit complexe, labyrinthique et brillant sacrifié sur l'autel des sacro-saintes apparences.
Finalement, les six diodes du Golb, c'était sûrement pas plus mal...
L'Hyper Justine, de Simon Liberati (2009)

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Je dois dire que je n'en avais même pas entendu parler, de ce livre. La polémique a dû être gentille :-)
RépondreSupprimerJe n'ai pas dit qu'elle était méchante :-)
RépondreSupprimerJe l'ai trouvé plus ambitieux, mais un peu moins bon que les précédents. Pas vous ?
RépondreSupprimerBBB.
J'ai lu que le premier qui m'a laissé un souvenir agréablement brumeux (les pilules autobronzantes^^)
RépondreSupprimerBBB. >>> moins magistral que Nada Exist, c'est certain. Meilleur qu'Anthologie à mon avis, quand même...
RépondreSupprimerBenjamin >>> et pourtant les personnages étaient tous plus blafards les uns que les autres ^^
Tu viens de casser mes fantasmes d'adolescent ...
RépondreSupprimerSade Adu est un homme !
Nada Exist était une telle bouse infâme et insignifiante qu'il est l'un des rares romans achetés et revendus sitôt lu sans avoir le moindre soupçon d'envie de le donner à qui que ce soit, même pas à l'ennemi.
RépondreSupprimerIl ne devrait pas y avoir de mal à faire mieux, quand bien même je ne pense plus jamais ouvrir un livre de Simon Liberati.
Ne crions pas "Fontaine" !
:)
Tu parles du chef-d'œuvre Nada Exist ? J'avais que j'ai eu du mal à le reconnaître, mais j'ai toujours un peu de mal avec des mots aussi violents que "bouse infâme et insignifiante"... surtout appliqués à des trucs quant auxquels je pourrais écrire vingt pages sur leur sens ;-)
RépondreSupprimerNous dirons donc que ces mots - effectivement un tantinet agressifs - me sont venus assez naturellement après avoir eu cette impression très désagréable de m'être royalement fait couillonner lors de l'achat de ce livre (oui oui, Nada Exist) sur la foi de deux ou trois articles dithyrambiques (et même pas le tien que j'ai découvert hier) et qu'ils expriment malheureusement encore un peu ce ressentiment rien qu'à l'évocation de ce... livre ?
RépondreSupprimerToi tu la cherches, ta fessée :-)
RépondreSupprimerDu Philippe Roth gothique, comme tu y vas... Certes l'atmosphère sadienne voire wildienne est là. Je qualifierais plutôt cet opus de décadent. Liberati croise les destinées dandyesques et putassières de ses personnages et nous embarque dans un Paris aux effluves de luxure et d'excentricités mondaines. Je ne connais pas la teneur en véracité de son récit mais sa version de l'histoire est aussi séduisante que mélancolique (à la limite du pathétique). Pour les amoureux du décadent glauque à mon sens, la fessée en plus ;)
RépondreSupprimerCe n'est qu'une formule... cela dit je trouve qu'il y a vraiment quelque chose. Si l'on repense à certains livres de Roth (par forcément les meilleurs, du reste), Sabbath's Theater, The Prague Orgy... L'Hyper Justine n'est pas si loin.
RépondreSupprimerBien entendu tu as raison pour la décadence, mais comme j'avais déjà largement suivi cet axe au moment de chroniquer les précédents je ne sais pas... j'ai eu envie de changer un peu. Et puis 90 % du temps quand je parle de décadence, personne ne voit à quoi je fais allusion (rien que pour ça merci d'être passé ^^)